dimanche 22 avril 2012

Vie di Romans - 11/04/2012

Séance présentée par Gianfranco Gallo.

Situé dans le Frioul, à l'extrémité septentrionale de l'Italie et à la confluence des climats continental et méditerranéen (telle qu'on la retrouve à Jurançon ou en Galice), le domaine Vie di Romans bénéficie d'amplitudes thermiques importantes et d'un vent d'été frais et sec (la Bora). Ces conditions, conjointes à un sol très complexe de moraines glacières, contribuent à créer un terroir propice à des expressions originales.




"Dis Cumieris", malvasia istriana, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2010
La robe est pâle, encore jeune. Le nez, assez aromatique, laisse ressortir des fruits blancs puis de légers agrumes finissant sur l'orange. En bouche, l'attaque présente une bonne acidité, peu aromatique comme les vins issus du cépage malvoisie. La densité revient en milieu de bouche.

"Dis Cumieris", malvasia istriana, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2009
La robe reste pâle et jeune ; le nez est encore un peu réduit, plus sur le fruit que le 2010. En bouche, l'attaque est fraîche, d'un bel aromatique d'agrumes, un peu minéral. En finale, l'amertume est plaisante et le vin d'une bonne longueur.

"Dis Cumieris", malvasia istriana, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2007
La robe est légèrement dorée. Le nez porte sur les fruits mûrs avec des notes de miel et d'abricot bien mûr portant sur un léger pétrolé. L'attaque est minérale, sur la pierre à fusil ; le vin est nerveux et épicé. La finale est puissante, d'un bon aromatique, l'acidité s'affine sur la pointe de la langue. Evolution notable par rapport aux 2009 et 2010.

"Piere Sauvignon", sauvignon, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2009
La robe est pâle aux légers reflets verts. Le nez est caractéristique du sauvignon : floral, pamplemousse, sur la verdeur de l'olive et la groseille à maquereau. En bouche, l'attaque est légèrement perlante, aromatiquement très groseille à maquereau et très plaisant, d'une belle fraîcheur. La finale est fraîche, plaisante et complexe.

"Piere Sauvignon", sauvignon, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2008
Le nez reste caractéristique du sauvignon, de fruits exotiques et de pamplemousse. En bouche, l'attaque est assez amère avec une belle acidité sous-jacente tout au long de la bouche. Ce vin est plus posé que le précédent, avec un beau squelette. La finale combine une grande fraîcheur à la chaleur des épices. 

"Piere Sauvignon", sauvignon, Friuli Isonzo - Rive Alte, 1995
La robe reste étonnamment pâle. Le nez est notablement tertiaire, ciré. En bouche, l'attaque est cirée, sur le raisin mûr avec un beau gras et des notes de parmesan. En finale, l'amertume est belle, assez longue. Très joli.

"Vie di Romans", chardonnay, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2010
Le nez est fin, sur un miel léger avec des notes minérales ; ensuite assez floral. En bouche, l'attaque est assez fraîche ; le squelette est assez droit, légèrement salin. La finale est charpentée, mais encore sur les arômes primaires avec des notes méditerranéennes (légère amertume).

"Vie di Romans", chardonnay, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2008
La robe commence à être légèrement dorée. Le nez est assez puissant, sur le pain grillé et le genièvre (à la Meursault). La bouche est ample, puissante, d'un beau gras et une belle amertume. La finale est très jolie, fraîche bien que dense, très bien équilibrée.

"Vie di Romans", chardonnay, Friuli Isonzo - Rive Alte, 2005
La robe est dorée. Le nez, très puissant, est étonnant, virant sur le sous-bois. En bouche, l'attaque est assez amère, bien que d'une densité un peu moindre par rapport au 2008. En finale, l'aromatique fait un peu baisser la fraîcheur en milieu de bouche.

"Dut'Un", chardonnay/sauvignon, IGT Venezia Giulia, 2009
La robe est jeune ; le nez assez sauvignon. La bouche est assez bonbon, sur le fruit blanc et très gourmande. La finale est assez aromatique, avec une petite acidité plaisante. Le vin est bien fait, cet assemblage réussi méritant bien son nom de Dut'Un ("tout en un", en dialecte frioulan).

"Dut'Un", chardonnay/sauvignon, IGT Venezia Giulia, 2008
Le nez est un peu réservé. En bouche, l'attaque est fraîche, sur les agrumes, assez dense. La finale est plaisante, avec une petite douceur. Jolie fraîcheur, un peu d'épices. Bonne construction, plaisant.


"Vin e amîs, un paradîs" : ce proverbe frioulan, qui se passe de traduction (à l'inverse de la séance, très italophone), conclura avantageusement l'esprit d'échange avec lequel Gianfranco Gallo a illustré et défendu un des plus beaux terroirs à vins blancs d'Italie. Grazie mille a lui !

dimanche 12 février 2012

Château Myrat — 7/12/11

Nous avons eu le plaisir de recevoir le château Myrat, en les personnes d'Elisabeth de Pontac-Chabot et du comte Jacques de Pontac, propriétaire. Ce dernier est, avec Xavier de Pontac, à l'origine de la renaissance de Myrat depuis 1988.

Sur une verticale de quatre millésimes des années 2000, nous avons pu apprécier le style absolument barsacais de la maison. Le sémillon est très majoritaire (88%) et la muscadelle prend part à l'assemblage (4%).

Château Myrat 2006
La robe est d'un jaune doré profond. Le nez est encore en retrait et sur le fruit. La bouche est très ample, gourmande, sur des fruits blancs sucrés. La finale est marquée par la minéralité et les épices. Nous sommes surpris d'apprendre que le vin contient encore 135 g/l de sucres résiduels.

Château Myrat 2004
La robe est bronze. Le très beau nez révèle des notes mentholées, de cannelle. L'attaque est plus légère, la bouche plus grasse et fruitée.

Château Myrat 2002
La robe est or profond. Le nez est puissant, rôti, très riche, sur des fruits blancs et des fruits exotiques. Des arômes tertiaires commencent à apparaître. En bouche l'attaque puissante introduit une grande densité aromatique sur la pomme cuite et les épices. La finale est d'une grande fraicheur, relevée par une légère amertume.

Château Myrat 2007
La robe est bronze, un peu moins profonde que le 2004. Le nez est délicat, sur des arômes de rose et de fruits blancs. La rose se retrouve en bouche, avec une aromatique puissante de fruits mûrs. Le vin est très riche, porté très loin par une belle fraicheur.

P. L.

dimanche 1 janvier 2012

Maison Drappier - 15/12/11

Michel Drappier nous a fait l'amabilité de venir présenter lui-même cette première séance de la maison Drappier au club, ce dont nous lui sommes particulièrement reconnaissants.

Au-delà de la qualité de ses vins, sur laquelle nous reviendrons dans quelques lignes, la Maison présente quelques caractéristiques singulières : sur ses 54 ha de vignes en propre (augmentées de quelques vignes en location), Drappier produit des vins issus de l'agriculture biologique ou en passe de l'être à partir des 7 cépages champenois : chardonnay, pinots noir et meunier, ainsi qu'arbanne, petit meslier, blanc-vrai et fromentot. Les vins ne subissent pas de filtration et, pour les rosés, sont issus de la saignée directe des pinots. La liqueur de dosage, enfin, fait l'objet d'une réflexion importante et possède la caractéristique d'être constituée d'un assemblage de vins secs et de sucre neutre vieillis pendant plus de vingt ans, en fonction de l'assemblage ou du millésime auquel elle est destinée.

Brut Nature
Ce vin est constitué intégralement de jus de pinots noirs, il est non-dosé ; la robe est très pâle et le nez encore assez discret. La bouche est plaisante, l'attaque fraîche avec ensuite de légères notes lactiques. La finale, minérale, est très gourmande sur de beaux agrumes et particulièrement sympathique.

Brut Nature, sans soufre ajouté
Ce vin, pendant du précédent, a été dégorgé en septembre 2010. La robe, légèrement dorée, est plus brillante. Le nez, assez riche, est légèrement oxydé (noix, noisettes). En bouche, l'attaque est fraîche, les notes aromatiques subséquentes toujours légèrement lactiques, mais maintenant avec des touches plus oxydatives (pomme mûre). La finale, également minérale, présente plus d'amertume et fait écho aux notes de pomme mûre. Ce vin est en fait assez peu comparable au précédent, beaucoup plus sur la minéralité et une impression de plus grande structure.

Quattuor
Initialement imaginé comme un paradoxal blanc de blancs duquel le chardonnay serait absent, Quattuor a finalement été assemblé à parts égales des quatres cépages blancs champenois : chardonnay, arbanne, petit meslier et blanc-vrai. A la production relativement confidentielle (2000 btl.), il est peu dosé (5 g/L). Au nez, l'arôme est gourmand, de pomme coupée. Cette gourmandise se retrouve en bouche ; l'attaque est assez douce et l'aromatique riche (poivre, pommes, agrumes). La bouche est d'une bonne fraîcheur et d'un bon gras. La finale, très tranchante, est d'une minéralité pure, avec une fine amertume. C'est un vin assurément original et particulièrement intéressant.

Rosé Brut
Entièrement issu de la saignée de pinots noirs, ce vin est moyennement dosé (6 g/L). La robe est légèrement cuivrée ; le nez, assez discret, tire assez nettement sur la framboise. La bouche en revanche est particulièrement gourmande, sur un aromatique très fruits noirs (cassis) et d'une grande fraîcheur. Sur la finale pointe encore la fraîcheur, avec un aromatique plaisant et une légère amertume. De belle facture, la légère suavité de ce vin me laisse penser qu'il s'exprimerait mieux sur des accords mets-vins asiatiques que sur des desserts eux-même sucrés.

Rosé Nature
A partir des même moûts que le Rosé Brut, ce vin aura subi une vinification légèrement différente afin de lui permettre de ne pas être dosé. Si la robe est également légèrement cuivrée, le nez s'oriente sur des fruits rouges plus acides (groseille, groseille de maquereau). En bouche, l'attaque est légèrement poivrée et l'aromatique initial sur des fruits rouges assez tranchants, avant d'évoluer sur des fruits plus blancs et un caractère plus vineux que le Rosé Brut. La finale légèrement amère, assez plaisante sur des notes d'agrumes, laisse un impression de bouche plus pleine.

Grande Sendrée 2004
Cet assemblage millésimé, le pinot noir prédominant légèrement sur le chardonnay, est dosé à 4.5 g/L par une liqueur plus que trentenaire. Il est d'un jaune doré aux reflets encore légèrement verts ; le nez de peaux de fruits introduit une bouche jolie, gourmande sur des agrumes explosifs, dense. La finale est vineuse et de belle structure. L'amertume et l'astringence assez imposantes, ainsi que la fraîcheur latente, en font un compagnon assez formidable, à asseoir impérativement à table.

Carte d'Or 1995, en magnum, dégorgé en février 2008
Cet assemblage extrêmement majoritaire de pinots noirs présente une belle robe dorée. Le nez, très plaisant de fruits jaunes, se concentre sur des arômes secondaires (pâtisserie, mie de pain). Il est puissant, sur les notes de grillé et de coings desquels la couleur lui a donné son nom. La bouche est crémeuse, les agrumes intenses, d'une grande fraîcheur avec une belle amertume, assez ronde. La finale conserve cette amertume et, à la grande longueur, associe une grande buvabilité. Ce vin est d'une densité impressionnante et d'une amertume remarquable.

A.M.

Domaines Brocard - 16/11/11

Cette séance nous a été présentée par Céline Briot. Outre ses explications techniques, aussi bien géologiques qu'ampélographiques ou oenologiques, qui ont contribué à éclairer la dégustation de ces vins, c'est également son expérience personnelle du Chablisien qui nous rappelé à quel point la rencontre avec ceux qui font le vin et en vivent le terroir est importante pour leur compréhension.

Petit Chablis 2010
La robe est pâle, aux reflets légèrement verts ; le nez, encore sur de légères notes de grillé et de fleurs blanches, est d'un aromatique très agrumé. La bouche est assez aromatique, avec un léger gras. L'équilibre est bon, avec une pointe de fraîcheur. La finale, saline et de bonne longueur, présente une structure raisonnable. Ce vin donne une impression de bonne facture et est très sympathique.

Chablis 2010
Le nez est assez plein, encore floral avec des touches encore végétales. La bouche est très chardonnay : minérale avec une légère amertume, un peu de gras.

Chablis Vieilles Vignes 2010
La robe est très pâle, mais le nez est complexe, minéral, difficile à décrire mais beau. L'attaque est sur un bel aromatique de fruits blancs ; en bouche, on retrouve un beau gras, assez présent, puis des agrumes. La fraîcheur est bien fondue à la structure. En finale, la salinité est importante, avec une belle structure quoique légèrement trop fluide. C'est un joli vin, qui donne irrésistiblement envie d'être bu.

Domaine de la Boissonneuse 2009
La robe est plus dorée, quoiqu'assez pâle. Le nez, encore un peu boisé, présente des notes de beaux amers et introduit une bouche complexe, d'une grande salinité. Aromatiquement en revanche un peu simple, la fraîcheur paraît un peu en retrait par effet du millésime. La finale est de bonne densité et retrouve du mordant par sa salinité. A l'aération, ces (légères) déceptions s'estompent et le font paraître encore meilleur que le Chablis Vieilles Vignes, pour autant qu'ils soient comparables.

Premier Cru "Vaulorent" 2009
Le nez est profond, minéral, sur les agrumes. La bouche est d'une très grande densité, d'une très belle fraîcheur. L'aromatique d'agrumes confits et la légère salinité lui confère une vraie plénitude ; la finale, avec des amers et gras légers, vient compléter cette impression d'un des plus beaux vins de la dégustation.

Premier Cru "Vau de Vey" 2010
Le nez est plus orienté sur des fruits blancs et de légers amers. L'attaque est vive, sur de beaux agrumes. La bouche est de bonne densité ; la finale, toujours aussi saline, est plus marquée par de beaux amers, ainsi que des épices. Le vin est sur un registre de chardonnays frais.

Grand Cru "Bougros" 2009
Le nez, quoique discret, présente au-delà des agrumes des notes de fraîcheur mentholée. La bouche, énorme, est d'une densité explosive, sur les agrumes amers. Quelle matière ! La finale introduit une grande salinité. L'autre très grand vin de la dégustation.

Chablis Vieilles Vignes 2001
La robe est dense ; le nez, dense, au lactique un peu canaille, laisse place à l'aération à des notes de miel et des arômes tertiaires de beaux champignons. Le beau gras, presque sémillon, s'impose en bouche autour d'aromatique de raisin et d'agrumes. La bouche est d'une grande salinité et particulièrement dense. La finale, avec ses amers, est d'une grande buvabilité. C'est un exemple éclatant de la qualité du vieillissement des vins de Chablis si on prend la peine de les conserver dans de bonnes conditions.

A.M.

Jacquesson - 9/11/11

Nous avons eu le plaisir d'accueillir à nouveau la Maison de Champagne Jacquesson, avec qui nous avons entretenu des contacts réguliers depuis plusieurs années à travers des dégustations au Club et des rencontres sur des salons. Jean-Hervé Chiquet nous présente la dégustation de ce soir.

Cuvée 734
Sur une base de vins de 2006, ce champagne légèrement majoritaire en chardonnays est assez peu dosé (3.5 g/L) ; la robe est légèrement dorée, assez colorée. Le nez est notablement gourmand, d'abord sur des notes de miel, de fruits blancs, d'amande et de raisin, puis à l'aération plus brioché. En bouche, la bulle est fine et, au-delà de la vivacité aromatique sur un caractère d'agrumes, on retrouve un très belle amertume de structure.

Cuvée 735
La base glisse sur des vins de 2007, mais contient une proportion notable de 2006 et 2005 ; l'assemblage est exactement équilibré entre chardonnays et pinots et le dosage identique (3.5 g/L). La robe conserve ses reflets dorés, assez denses, tandis que le nez se fait plus réduit au premier abord ; il s'ouvre ensuite sur le verjus et la pomme golden. En bouche, l'attaque conserve cette caractéristique : assez douce, son aromatique est délicat et encore floral. La bouche est ensuite d'une grande densité ; l'amertume et la fraîcheur sont en revanche encore un peu dissociées en fin de bouche, malgré un caractère très vineux. La finale confirme cette impression de vinosité avec un bout de langue très "vin tranquille" et de beaux amers et structure. Ce vin est sans doute ce soir-là dans une phase de fermeture de jeunesse.

Dizy "Corne Bautray" 2002
Ce chardonnay millésimé n'est absolument pas dosé ; la robe dorée est déjà assez dense. Au nez, initialement réservé, le gras amène des notes secondaires, de pomme mûre et de noix. En bouche, l'aromatique est complexe et surtout très dense. Le toucher de bouche est doux et assez onctueux. La finale est d'une grande amertume, fluide, bien fraîche et alléchante. Peut-être ce vin sera-t-il un peu léger sur un plat consistant, mais bien meilleur sur des produits frais en température ou assez fins, comme des poissons blancs.

Avize "Champ Caïn" 2002
Ce pendant du Corne Bautray, un Chardonnay également millésimé, quoique très légèrement dosé (2 g/L) est également d'un doré assez dense. En revanche, le nez en est ce soir extrêmement réservé. La bouche toutefois est très jolie, complexe, assez minérale. La finale est d'une très grande densité, avec beaucoup de gras. Si ce vin possède à mes yeux beaucoup de potentiel, particulièrement sur table, il est encore bien trop jeune pour être justement apprécié.

Jacquesson 2002
Nous retournons maintenant sur un assemblage, dominé par le pinot noir, cette fois millésimé. Le nez, d'agrumes, légèrement crémeux, est très ouvert. En bouche, l'attaque est belle et bien pleine ; la vivacité y court tout au long. La structure du vin est bien dense et d'une persistance aromatique très grande. La finale présente une belle amertume de structure et le bout de langue est très alléchant.

Avize "Dégorgement Tardif" 1995
Nous concluons cette dégustation par un vin de Chardonnay millésimé, conservé sur ses lies dans des conditions optimales avant son récent dégorgement. Le nez puissant, initialement très réduit, tourne à l'aération vers les arômes tertiaires. En bouche, l'attaque est ronde et particulièrement pleine, sur des notes aromatiques tertiarisantes. Le vin est très onctueux, d'une très grande fraîcheur. Ce vin est impressionnant de densité et encore de vivacité.

Nous remercions la Maison Jacquesson pour cette dégustation de leurs beaux assemblages, ainsi que leur sélections parcellaires, toujours d'une grande densité et à la vinosité affirmée.

A.M.

dimanche 30 octobre 2011

Château Fourcas-Dupré – 26/10/2011

Situé sur la plus haute croupe des Graves – 43 m ! – le terroir de Listrac-Médoc ouvrait, mercredi 26 octobre, la première séance bordelaise du club. Avec chaleur et simplicité, Patrice Pagès nous présentait le château Fourcas-Dupré, où s’élabore en ce moment la 41e cuvée familiale. Si un marathon s’arrête au 42e km, gageons que la famille Pagès n’en est pas pour autant à son avant-dernière cuvée ! De cette propriété étendue sur 46 ha, parmi les plus renommées de sa généreuse appellation, nous avons dégusté six millésimes à travers une verticale remontant à 1999.

C’est avec le millésime 2008 que nous sommes entrés en matière : le premier nez révèle une poignée de cassis discrètement saupoudrée d’épices. Le second nez, nettement marqué par les cabernets, ajoute des notes végétales évoquant le poivron grillé. En bouche, l’acidité et les tannins s’imposent dès l’attaque, confirmant la jeunesse exprimée par le second nez : la texture et les saveurs restent encore dissociées. Quand on sait de quels sarments se chauffe Fourcas – évoquera-t-on le souvenir émouvant du millésime 1986, velouté à souhait il y a encore quelques mois ? –, on se gardera, si l’on ose dire, de juger ce cru trop vite. La structure est solide, mais l’ensemble n’est pas encore fondu. L’athlète est à jeun.

Le château Fourcas-Dupré 2009 est issu d’une année parmi les plus heureuses en Bordelais depuis au moins dix ans. Après avoir exhalé de la verdeur assortie d’une certaine gourmandise, le nez s’ouvre sur un bouquet d’épices, qui se maintiennent en bouche : la matière est bien présente ; c’est la réglisse qui me semble dominer. Il valait effectivement mieux déguster 2009 avant son aîné, qui, ayant souffert d’un été pourri, semble dès lors modeste ! Fourcas 2009 est un coureur au long cours, plein de sucres lents…

À cinq ans de là, le cru 2004 invite à un saut chronologique tout de suite détectable à la robe : d’un beau grenat très profond, où les reflets violacés ont disparu. Au nez, je pense à de la fraise, assortie de notes discrètement pétrolées, la maturité d’ensemble ne tirant que modérément sur des impressions compotées. La bouche, si elle confirme la maturité du fruit, est portée par une très belle acidité : la fraîcheur n’a pas été entamée par ces premières années. L’athlète aurait-il fini son échauffement ?

2003, l’odyssée de Fourcas : un cru qui revient de loin, puisqu’il a été vendangé dès le 10 septembre. Ce record de précocité explique bien la chaleur du flacon : le nez se situe sur le fruit compoté ; en fermant l’œil, on pense à une gelée de fruits rouges (pruneau, cassis), tandis que de dissipent assez vite quelques notes pétrolées. En bouche, on retrouve la psychologie classique des vins que les vignerons argonautes ont su sauver du naufrage caniculaire : un noyau concentré sur un fruit dense, charnu et très mûr. C’est résolument solaire, mais les tannins ne sont pas agressifs, ni l’acidité défaillante. L’ensemble est puissant sans être explosif : il faut faire rouler le vin en bouche. Jusqu’où ira 2003 ? Difficile à prédire, de l’aveu même de P. Pagès. Aime-t-on un vin solaire assez imprévisible ? Oui : celui qui écrit ces lignes vient du sud, et par ce chemin, il y revient. Fini la digression.

Avec 2000, Fourcas reprend sa course : la robe, profonde, présente quelques reflets orangés. Le nez est concentré et devient un peu pétrolé. La bouche est fraîche, mais l’ensemble reste assez fermé. Les saveurs sont encore bien ceinturées par les tannins : il faut « mâcher » le vin, le déguster lentement, pour en extraire le suc. Imaginons-le honorant une jolie pièce du boucher... j’ai faim.

1999 : sur ce millésime, il y a eu débat, et c’est à cette (autre) fin que P. Pagès l’a choisi. Le nez, d’abord assez fermé et légèrement pétrolé, s’ouvre bien. C’est avec une élégance réglissée que la bouche tire vers le velouté qui caractérise les vieux Fourcas (ceux qui ont au moins une douzaine d’années), la texture tannique gagnant en souplesse sans perdre son acidité structurante. Mais la complexité de ce vin a suscité bien d’autres impressions en salle : trop réservé, ou très prometteur ? Ami lecteur, quelques flacons attendent encore, et pour de belles années, ton jugement.

Hervé F.